L’Occident aime beaucoup se demander quelles ont été les erreurs commises dans sa politique vis-à-vis de la Russie et pourquoi celle-ci a quitté la voie qu’elle semblait avoir empruntée, au grand bonheur de tout le monde, au début des années 1990, note vendredi le quotidien Gazeta.ru.
Tout le monde espérait que la Russie progresserait vers l’image d’un pays démocratique qui s’intègrerait petit à petit dans la communauté euro-atlantique, sous le contrôle bienveillant des principales puissances occidentales.
La formulation même de la question se fonde sur le principe erroné selon lequel il serait possible d’appliquer à l’égard de la Russie une politique autre qu’à l’égard du reste du monde. Or, le monde s’est effectivement globalisé et il est impossible d’envisager la politique vis-à-vis de la Russie indépendamment de la situation générale.
Il ne faut pas se demander “ce qui a été mal fait vis-à-vis de la Russie” mais ce qui a été mal fait depuis la fin de la guerre froide. Et pourquoi après l’écroulement du communisme, on a reçu autre chose que “la fin de l’histoire” et un nouvel ordre mondial convenable.
La présidence de Vladimir Poutine représente une époque où les recettes qui semblent naturelles à l’Occident pour régler les problèmes mondiaux ont pu s’avérer ne pas être efficaces du tout, ou bien donner un résultat inattendu. Or, on a mis du temps à se rendre compte que les difficultés se multipliaient à cause d’une mauvaise analyse et de la prise de mesures inadéquates.
Les cours du pétrole ne sont pas l’unique raison de l’actuelle assurance de la Russie. Celle-ci est due dans une mesure non moins importante aux “mauvais calculs” de l’Occident, qui a sapé lui-même, en premier lieu par l’intermédiaire des Etats-Unis, l’énorme potentiel pour le leadership qu’il possédait au début des années 1990.
Aussi offensive qu’elle soit, la Russie poutinienne n’a cependant créé aucun problème sérieux à l’Occident. Le fait qu’elle utilise des problèmes qui ont surgi malgré elle et qui existaient déjà pour confirmer son statut est une autre affaire.
Toutefois, ce n’est pas vraiment étonnant de la part d’une grande puissance qui tente de se rétablir après s’être effondrée.
Aucun différend actuel – FCE, Iran, Kosovo, ABM, dépendance de l’Europe vis-à-vis des importations de gaz – n’est dû à la Russie uniquement. Ils sont tous le résultat de processus objectifs, souvent la conséquence de mauvaises décisions politiques adoptées par tous les participants aux relations internationales (Moscou ne fait pas exception, bien entendu).
La quasi-totalité des institutions mondiales ayant fondé l’architecture de l’ancien ordre mondial sont aujourd’hui en état de crise. Les relations internationales ont été privées de fondement idéologique. Il s’est avéré que l’Occident n’était pas préparé à une telle situation, car l’inertie de la guerre froide est toujours puissante. Les tentatives pour expliquer ces problèmes par la présence ou l’absence de démocratie dans tel ou tel pays ne donnent pas les résultats escomptés. Et ces processus ne s’inscrivent dans aucun modèle de développement unique.
Dans un monde qui se développe d’une façon qui est loin de convenir à tout le monde, où les contours finaux de l’ordre mondial sont inconnus, défendre ses propres intérêts est un processus naturel. Chacun le fait selon sa conception de ces intérêts et des moyens de les protéger.
Par Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Rossiïa v globalnoï politike (“La Russie dans la politique globale”).